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Mauricio Macri, austère et boule de com

Par Mathilde Guillaume, Correspondante à Buenos Aires

C’est dans un climat social extrêmement tendu, de tristesse et de bronca, que vont se dérouler dimanche les élections générales argentines de mi-mandat, qui vont renouveler près de la moitié de la Chambre des députés (127 sur 257) et d’un tiers du Sénat (24 sur 72). Deux ans après l’arrivée au pouvoir du président libéral Mauricio Macri, ces élections sont envisagées comme un plébiscite à sa gestion libérale, marquée par les mesures d’austérité. La plupart des sondages annoncent que Macri devrait consolider sa majorité et pouvoir ainsi poursuivre le rythme effréné de ses réformes, qui ont radicalement modifié l’économie argentine, façonnée jusqu’à présent par douze ans de gestion Kirchner. «La première phase, dite de “choc” [libéralisation de l’économie, fin des subsides aux services publics, ndlr], censée attirer les investisseurs étrangers, et avec eux une “pluie de dollars”, n’a pas fonctionné», analyse Mercedes d’Alessandro, chercheuse en économie à l’université de Buenos Aires.

«Emplois précaires»

Au lieu de cela, l’inflation a explosé et la fragile industrie locale n’a pas résisté à la soudaine concurrence des produits nouvellement autorisés à l’importation. Résultat : la consommation pique du nez, le taux de chômage enfle (9,3 %) et le pays est entré en récession en 2016 (avec un taux de croissance de -2,3 %). Et un impact immédiat : les couches populaires et moyennes ont perdu 29 % de pouvoir d’achat entre décembre 2015 et décembre 2016, selon le Centre d’économie politique argentin. «Face à cet échec, la deuxième phase, la relance de l’emploi à travers une politique de grands travaux, ne peut être que provisoire,poursuit Mercedes d’Alessandro. Il s’agit d’emplois précaires, peu rémunérés et qui n’aident aucunement à relancer le secteur privé.»

Malgré ces tâtonnements ressentis avec une grande violence par les classes les plus modestes, une bonne partie des Argentins choisissent de continuer à faire confiance à Macri, espérant une hypothétique reprise, qui pour l’instant peine à se dessiner. Autre inquiétude : pour juguler l’inflation et baisser le déficit fiscal, le gouvernement a mis fin à la politique de désendettement de ses prédécesseurs, émettant en deux ans près de 80 milliards de dollars (67,8 milliards d’euros) de bons du Trésor, dont certains ont une durée de vie de cent ans. Un record. En 2017, l’émission de dette publique argentine a représenté 20 % de l’émission totale mondiale. Hier bannie des marchés financiers internationaux pour avoir fait défaut sur sa dette en décembre 2001, l’Argentine y fait ainsi un retour en force, convertissant le pays en premier émetteur de bons des pays en développement. «Toute dette n’est pas mauvaise, avertit Cecilia Nahón, économiste et ancienne ambassadrice argentine aux Etats-Unis. Mais dans ce cas précis, elle est destinée quasi uniquement à juguler le déficit. Les bons de la Banque centrale, appelés Lebacs, ont un taux de 26 %. Aucun investissement de l’économie réelle productive ne peut concurrencer ce rendement. Nous sommes dans une spirale vertigineuse d’endettement, que l’Argentine a déjà connue et qui lui a coûté très cher.» Afin de tranquilliser les entrepreneurs argentins, qui sont privés de cette «pluie de dollars» au profit du secteur financier, Macri leur promet désormais que la suite de son programme leur sera consacrée. «C’est la troisième phase, analyse d’Alessandro, qui ne pouvait pas arriver avant les élections : une réforme du travail pour aller vers plus de flexibilité, de mobilité et vraisemblablement, une baisse des salaires.»

Vague annoncée

Face à «Cambiemos» («Changeons»), la coalition rassemblée autour du Président, l’opposition reste divisée et ne semble pas capable de freiner la vague annoncée. Le parti péroniste est divisé en trois factions et le parti radical, opposant historique au péronisme et à bout de souffle, s’est majoritairement rallié à Macri pour continuer à exister. C’est dans la province de Buenos Aires, qui représente 40 % des votants argentins, que devrait lui être livrée la bataille la plus dure et la plus médiatique. L’ancienne présidente Kirchner s’y présente comme sénatrice, sortant d’une réserve qu’elle s’était imposée depuis deux ans. Malgré la multiplication des enquêtes pour corruption, qu’elle balaye d’un revers de main, des «persécutions judiciaires», dit-elle, elle conserve une certaine cote. Lors de son gigantesque meeting de fin de campagne (100 000 personnes), elle a appelé au rassemblement de toute l’opposition autour de sa candidature. Macri a déjà exprimé son souhait de se présenter à nouveau aux élections présidentielles de 2019. Si Kirchner est victorieuse dimanche, elle pourrait bien être sa principale rivale.

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